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(Crédit Photo Benjamin Boccas)

« L’effort doit désormais porter sur l’ouverture de nos systèmes d’information » selon le directeur général du CHRU de Strasbourg.

DH MAGAZINE : Les investissements en matière de e-santé sont considérables. Pourquoi la santé numérique est devenue un enjeu stratégique?

Christophe Gautier : C’est d’abord un enjeu majeur en matière de qualité et de sécurité des soins mais aussi en terme de filière coordonnée de soins. Le système d’information constitue une articulation indispensable aux différents acteurs intervenant dans le parcours de soins du patient. La médecine de parcours ne peut pas se concevoir sans un SI performant. En dernier lieu, c’est aussi un élément de sécurité économique dans le cadre de la tarification à l’activité.

Le cadre territorial de la grande région (Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne) est-il adapté pour faire avancer la santé numérique ?

Il faut voir large en matière de systèmes d’information. La question de l’interopérabilité est essentielle et se pose même à l’échelle nationale. A l’échelle d’une grande région, cette interopérabilité me semble tout à fait nécessaire et le cadre en est adapté. Concernant le déploiement, c’est l’échelle du territoire de santé qui apparaît comme la plus adaptée. En effet c’est à cette échelle que les acteurs peuvent discuter ensemble de la meilleure façon de construire cette architecture : de la proximité (des médecins de ville qui peuvent discuter avec des établissements) mais la consolidation et les grands enjeux se conçoivent à l’échelle de la grande région. Complémentaires, ces deux échelons permettent l’harmonisation et l’interopérabilité des systèmes d’information.

Le numérique fait-il partie de la culture du CHRU de Strasbourg ?

L’interface Ville-Hôpital est très importante. Nous avons toujours été leader en matière de DMP, cela fait partie de notre culture. Nous avons été un appui dans plusieurs projets régionaux portés par le GCS Alsace e-Santé : par exemple le projet Simral pour partager des images, ou encore Albiom,  un autre projet dans le domaine de la biologie médicale, permettant au patient, et à son médecin, de visualiser en ligne l’historique de ses analyses.

Un SI qui va gérer tout l’approvisionnement des blocs opératoires est un projet intéressant pour optimiser le fonctionnement des blocs, un projet aussi où en tant que CHU nous allons proposer un service en tant qu’hébergeur de données de santé. Notre investissement dans les systèmes d’information atteint 60 millions d’euros sur la période 2015-2023.

Les personnels soignants sont-ils convaincus de la place du numérique ?

Il y a beaucoup de demande au sein de notre établissement. Chaque unité ou service souhaite disposer des logiciels adaptés à leur activité, alors on paramètre les logiciels communs comme le DMP aux spécificités de chaque métier. Il s’agit de faciliter le dialogue entre les utilisateurs et les concepteurs des systèmes. Le système d’information doit venir soutenir une organisation optimisée et non pas être vécu comme un système venant pallier les manques d’une organisation. La gouvernance du SI doit être très collégiale, de façon à ce que les grands choix soient collectifs et qu’ils émanent de discussions et de réflexions. Aujourd’hui, l’effort doit porter sur l’ouverture de nos systèmes d’information. Une grande partie du travail a déjà été réalisée à l’intérieur des établissements de santé, l’enjeu de la conquête concerne maintenant l’interface entre l’hôpital et son environnement.