2 mai 2015 FASN

De la CHT au GHT : ils en pensent quoi ?

Evolution ou révolution ? Intérêts et inconvénients ? Attentes et convictions ? Sur le terrain, les promesses des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) attisent les espoirs, comme ceux de Michaël De Block, Directeur de l’Information Numérique de l’Hôpital de Troyes, Administrateur du GCS Santé Numérique et président du collège des DSIO de Champagnes Ardennes. Depuis 2013, le territoire de santé « Sud Champagne » organise ainsi son SI, oscillant entre une CHT mort-née et un GCS dont ce n’est pas la mission.

A l’image de nombreux autres territoires, la Champagne a été découpée en Communautés Hospitalières de Territoires (CHT) dès 2013. « Celle de Troyes s’étale sur 3 départements. Sa mission : élaborer un projet médical, mettre en œuvre des coopérations interhospitalières et concevoir le schéma SI du territoire » détaille Michaël De Block. Elle comprend 9 établissements et se fédère autour de l’hôpital de Troyes. Cependant, « si lors de ses débuts, elle a rencontré beaucoup de bonnes volontés, il faut se rendre à l’évidence, les mois passant, hormis quelques écrits, peu d’actions sont investies le terrain » continue-t-il.

 Communautés Hospitalières de Territoires : constats décevants

Pourtant, les besoins étaient forts. Les établissements du territoire étaient confrontés aux problématiques d’un SI vieillissant, notamment face aux exigences nouvelles du programme Hôpital Numérique. « La moitié des hôpitaux s’est finalement tournée vers nous et non pas vers la CHT dont ils se rendaient compte qu’elle ne pourrait pas les aider dans l’atteinte de cet objectif » explique Michaël De Block. L’hôpital de Troyes lui a donc été préféré pour organiser les audits et conduire la modernisation des SI, parfois même la mise en place du dossier patients et des pré-requis d’Hôpital Numérique. Pourquoi ? « Parce que ce qui doit nous guider n’est pas le SI, mais les projets médicaux. Et dans le cadre des CHT, force est de constater que l’on n’arrive pas à instaurer un projet médical commun. On est confronté à trop de problématiques de gouvernance» argue Michaël de Block.

L’hôpital de Troyes est ainsi devenu la « colonne vertébrale » du SI de plusieurs hôpitaux. Il gère aujourd’hui l’informatique de 5 établissements (sur les 9 de la CHT) et les aide à atteindre les pré-requis d’Hôpital Numérique et les financements qui vont avec. « En moins de 2 ans, les établissements ont atteint un vrai niveau de maturité. Tout cela au seul prix du salaire de la personne en charge de la mission. C’est terrible en termes de concurrence mais c’est un véritable levier pour les établissements » justifie Michaël de Block. Autre conséquence : en 2 ans, l’équipe SI du CH de Troyes est passée de 15 à 20 personnes. « L’hôpital de Troyes assure les prestations mais c’est le directeur général de l’hôpital concerné qui décide de sa stratégie. Les établissements nous ont délégué leur SI, c’est une délégation raisonnée et cadrée. Je n’ai pas les pleins pouvoirs » rassure-t-il. Quoiqu’il en soit, le constat est le suivant : les établissements finissent par s’orienter, sur la base des recommandations du CH de Troyes, vers les mêmes solutions.

Le Groupement de Coopération Sanitaire, une alternative

Cette organisation trouve cependant vite ses limites. La mutualisation des ressources humaines du SI s’est effectuée sur 5 établissements et non pas avec les 9 membres de la CHT, les autres ayant à leur disposition des équipes informatiques suffisantes.

« Nous sommes arrivés à la limite de ce que l’on pouvait faire : réseau informatique commun, modernisation des SI, … on ne peut pas développer nos actions davantage. Il faudrait pour cela étendre le nombre d’établissements avec lesquels on travaille » regrette Michaël De Block.

Pour gérer des dossiers plus transverses, plus complexes, les établissements ont donc créé un GCS Santé Numérique. Le GCS porte aujourd’hui le projet OPTIMISTIC, créé lors de l’appel à projets TSN. Des acteurs publics et des associations privées à but non lucratif comme le COS ou la Mutualité Française, s’y sont associés.

Groupement Hospitalier de Territoire : un espoir pour l’avenir du parcours patient ?

Le contexte champenois que l’on vient de décrire explique donc la forte attente des acteurs de terrain pour les GHT. Michaël De Block y voit une porte de sortie, ou plutôt une porte d’entrée vers l’avenir, avec des enjeux économiques et financiers, autant que de santé publique.

Même si des questions restent entières. « Va-t-on limiter notre action au département ou suivre les contours de l’ancienne CHT ? Va-t-il falloir couper les anciennes CHT en plusieurs GHT ? Quelle va être la place des CHU ? Faut-il créer des postes de coordonnateurs ? » s’interroge-t-il.

Pour lui, néanmoins, un préalable reste de mise : la conduite d’une réflexion stratégique approfondie sur le parcours de soins, qui doit notamment être réalisée à partir de l’étude des flux des patients. « Ce qui doit nous intéresser, c’est le parcours du patient. On doit savoir si un patient de Chaumont va à Troyes, à Nancy ou à Dijon. C’est ce qui doit guider la mise en place d’un projet médical commun. Ensuite ce sont des détails. Même si, personnellement, j’aurais tendance à penser qu’un GHT efficace est un GHT restreint » réfléchit-il…

Encore que cela dépende du territoire… « Certains d’entre eux, comme le Nord-Pas-de-Calais comptant de très nombreux établissements ».

Enfin, histoire de complexifier la chose, la réforme des régions va se greffer au dossier. « Les découpages vont peut-être devoir s’y calquer. Mais ce qui doit compter reste le parcours patient» conclue-t-il.