4 mai 2017 FASN

Regards croisés sur les objets connectés santé – Interview de Jérôme Duvernois

duvernoisJérôme Duvernois a été directeur de la stratégie de Softway Medical et Président de la fédération LESISS, avant de rejoindre l’ASIP Santé en tant que Conseiller auprès de la Direction Générale.

Il a aujourd’hui quitté l’ASIP Santé pour créer la société de conseil « eSanté Solutions » spécialisée dans le conseil en assistance à maîtrise d’ouvrage (AMOA) à destination des établissements de santé ainsi que dans le conseil stratégique auprès des industriels de la filière e-santé.

 

#FASN : Quelle est votre définition d’un objet connecté santé ?

JD : Il peut y en avoir plusieurs en fonction du point de vue. D’un point de vue technique et industriel, un objet connecté santé est un objet habituel de la santé qu’on va connecter de manière à ce qu’il puisse échanger avec d’autres dispositifs de l’information. D’un point de vue industriel, c’est donc un objet qui va soit avoir un meilleur comportement car il va être piloté de l’extérieur par un système qui a plus de capacité que lui à déterminer les comportements, soit à l’inverse, c’est un objet qui va remonter de l’information pour alimenter un système capable de prendre des décisions plus éclairées.

Du côté utilisateur et usage, c’est un objet qui va permettre d’automatiser un certain nombre de choses. Considérons par exemple une mesure quelconque d’un paramètre biologique sur un patient dans un hôpital. Si la mesure est faite avec un objet non connecté, il sera nécessaire que l’infirmière ou l’aide-soignante prenne la mesure et la saisisse dans un système. Cela prend du temps et a un coût. Le nombre de prise de mesure dans la journée est donc limité par les moyens humains qui y sont consacrés.

L’objet connecté va se passer de l’humain pour envoyer cette information et automatiser la transmission de l’information au bon système. L’enjeu de l’objet connecté est donc la robotisation, avec toutes les conséquences que cela peut engendrer en termes de changement de paradigme.

#FASN : A quelle fréquence utilisez-vous des objets connectés en lien avec votre santé ?

Personnellement j’utilise des objets connectés en permanence. Je m’en sers notamment pour contrôler un certain nombre de paramètres biologiques tel que le poids. La mesure du poids ou du nombre de pas réalisé par jour constitue pour moi un élément de motivation pour faire attention à l’exercice que je fais, à ce que je mange et pour assurer un équilibre de vie.

#FASN : Selon vous, quel est le degré d’utilité des objets connectés de santé ?

L’objet connecté simplifie la relation à l’objet. Par exemple, les objets connectés des particuliers type balance connectée ou tensiomètre connecté permettent avec un côté gadget et innovant, d’avoir plus facilement de l’information sur soi. Et on voit la tendance des individus à prendre de plus en plus part à leur santé. Ces objets facilitent donc le « patient empowerment ». Après il y a un côté gadget, et on voit que les traqueurs d’activité ont bénéficié d’un effet de mode qui retombe aujourd’hui. On peut donc s’interroger sur l’utilité des objets connectés. Mais fondamentalement, ils sont utiles à un certain nombre de gens et l’utilité est liée à ce qu’on attend de la mesure.

Il en va autrement pour les objets connectés professionnels. A l’hôpital, ils ont une grande utilité pour deux raisons. Premièrement sur la qualité de prise en charge du patient car l’établissement est en capacité d’effectuer des mesures plus fréquentes sans augmenter les coûts. Cela amène de la valeur. Deuxièmement, il n’y a plus besoin d’une action humaine pour prendre les mesures et cela engendre un bénéfice économique en termes de ressources humaines pour l’hôpital. C’est le même bénéfice à domicile même si leur usage reste encore plus faible.

#FASN : Selon vous, les données recueillies par les objets connectés de santé sont-elles sécurisées ?

Ce n’est pas l’objet connecté en soi qui permet d’avoir des données sécurisées mais tout le système. Sur les appareils grand public (tensiomètre, balance connectée, etc.) le circuit de l’information part de l’objet et va sur le serveur de la marque, est stocké sur le serveur puis va sur l’application mobile de son utilisateur. Dans ce contexte, la donnée peut être potentiellement revendue à d’autres prestataires qui peuvent en avoir l’utilité.

La sécurité de la donnée tient donc à toute la chaîne comme toute problématique de sécurité. Ça part du « device mobile » de l’utilisateur qui doit être sécurisé (anti-virus, système d’exploitation à jour, etc.), en passant par le serveur du prestataire ainsi que par la manière dont l’information est communiquée entre l’objet connecté et le serveur.

#FASN : Selon vous, les mesures réalisées par un objet connecté de santé sont-elles fiables ?

La question de la mesure est un véritable enjeu. Certains objets sont marqués CE et déclarés dispositifs médicaux. Cela donne un certain niveau de garantie sur la fabrication, sur la qualité des mesures et offre ainsi un certain niveau de confiance. Mais cela peut être variable. Le marquage CE en soi ne donne pas de véritable garantie sur la qualité de la mesure. Actuellement, il y a quelques sociétés qui vont vers la labellisation d’objets connectés ou d’applications mobiles. Cette démarche est saine sous réserve que leur manière d’évoluer reste transparente et crédible. Cela passe autant sur l’aspect sécurité des données que celui de la fiabilité des mesures ou encore du service rendu. On peut faire aujourd’hui des objets connectés extraordinaires d’un point de vue technique mais si le service rendu est nul, il ne représente aucun intérêt.

#FASN : Selon vous, les objets connectés de santé sont-ils accessibles en termes de prix ?

C’est une question subjective. Les gens achètent des objets connectés parce qu’ils en ont besoin ou envie et parce qu’ils en ont les moyens. Cet équilibre entre besoin et pouvoir d’achat est différent pour chacun en fonction du contexte. Par exemple, je peux acheter une balance connectée très chère parce que j’en ai envie, que j’ai certains moyens et que ça me motive pour m’assurer que ma santé est bonne. En même temps, une personne qui n’a pas de problème de poids et qui n’en aura pas réellement besoin pourra la trouver, au même prix, trop chère. La question du prix dépend donc de l’utilité qu’on accorde à l’objet. Dire que les objets sont trop ou pas assez chers n’a donc pas vraiment de sens en soi. Cela dépend du contexte. De plus, il faut prendre en compte l’effet classique sur un marché d’innovation. La première phase, celle du lancement, est caractérisée par un prix très élevé rendant l’objet peu accessible. Il s’en suit une phase où les objets restent encore assez chers mais avec un élargissement de la cible. La dernière phase rend l’objet accessible ; il devient un produit de consommation courante.