19 octobre 2015 FASN

Les modèles numériques coopératifs de territoire

Dans les années qui viennent, les systèmes d’information vont jouer un rôle structurant majeur dans la coordination entre acteurs de santé et le développement des logiques de parcours de santé indispensables à la prise en charge des maladies chroniques. Quelle est la politique du ministère de la santé ? En attendant les initiatives se développent sur le terrain comme en Sud Champagne.

Groupements hospitaliers de territoire et Territoires de soins numériques

Deux niveaux de coordination promus aujourd’hui par le Ministère de la Santé vont avoir un impact sur le développement des systèmes d’information futurs. Il s’agit des Groupements hospitaliers de territoire (GHT) dont la création est prévue dans le cadre de la loi santé actuellement en débat et le programme Territoire de Soins Numérique (TSN) en cours d’expérimentation. « Ces deux niveaux de coordination viennent en appui de la stratégie nationale de santé au profit d’un  parcours de soins organisé et outillé et d’un partage optimal des informations entre professionnels de santé » rappelle Franck Jolivaldt, Chef de la Mission Système d’Information des acteurs de l’Offre de Soins, DGOS.

Le projet de loi de santé (art. 27) prévoit la mise en place de GHT. Le groupement a pour objet de permettre aux établissements publics de santé de mettre en œuvre une stratégie de prise en charge du patient commune et graduée. Il assure la rationalisation des modes de gestion par une mise en commun de fonctions ou par des transferts d’activités entre établissements. Parmi les activités qui seront obligatoirement transférées au GHT, figure notamment la gestion d’un département de l’information médicale de territoire et la gestion d’un système d’information hospitalier convergent.

Le terme de convergent a remplacé celui d’unique envisagé initialement en raison de diverses craintes venant notamment des industriels. « Pas de Big bang », tient à rassurer la DGOS. La démarche de convergence sera progressive et s’étalera sur cinq ans. Il ne s’agit pas de renouveler l’ensemble des SI immédiatement mais de s’appuyer sur les opérations de renouvellement des logiciels, au moment où elles auront lieu. Cette homogénéisation apparaît indispensable au regard du nombre et de l’hétérogénéité des logiciels utilisés dans les hôpitaux. Il faut savoir que 40 à 350 logiciels sont aujourd’hui utilisés dans un établissement et dans le futur, l’hôpital support devra gérer entre 250 et 1000 applications. Pour autant, Il ne s’agit pas, répète la DGOS, d’avoir un seul logiciel pour l’ensemble de la GHT mais d’envisager des logiciels uniques par métier. L’objectif est de mutualiser les moyens et d’optimiser la dépense.

Si le GHT améliore la coordination des soins entre établissements publics de santé, TSN a un objectif plus large et vise à une coordination de l’ensemble des acteurs de santé. Le programme TSN a pour ambition de faire émerger des solutions organisationnelles et technologiques innovantes et de tirer tous les bénéfices des nouvelles technologies de l’information et de la communication pour aider le patient à s’orienter dans le système de santé et renforcer la coordination entre les professionnels de santé. Des applications concrètes en termes organisationnel et technologique sont attendues des expérimentations en cours. Ces expérimentations, dans les 5 régions retenues, permettront de faire émerger de nouveaux outils numériques. Plusieurs objectifs sont poursuivis : la promotion des prises en charge en équipe, le renforcement de l’implication des patients et l’amélioration de la coordination des parcours des patients.

La Champagne Sud, le numérique pétille

Le numérique est devenu quelque chose de fondamental dans la stratégie des établissements. Il n’est qu’à regarder l’expérience du chef-lieu de l’Aube pour s’en convaincre. « Tout a démarré avec des conventions avec d’autres établissements mais leur nombre est devenu vite difficile à gérer » rappelle David Chambon, directeur de la coopération au centre hospitalier de Troyes. C’est la piste du GCS de moyens qui sera retenu alors qu’il n’était pas encore question de groupement hospitalier de territoire. A cet égard, on se rend bien compte que le GCS qui contrairement au GHT dispose de la personnalité morale offre des modalités de coopération plus élargies et plus souples puisqu’il peut regrouper plusieurs catégories d’établissement.

Le GCS Santé numérique Sud Champagne qui vient d’être créé en juin 2015 s’étend sur l’Aube et la Haute-Marne et regroupe 9 membres (7 établissements publics et 2 établissements privés). Ce nombre va évoluer d’ici la fin de l’année. Il représente environ 2500 postes, 1000  imprimantes, 100 serveurs, 80-90 logiciels métiers. Plutôt que de mettre au point une stratégie commune, il s’agit de d’offrir une « prestation à la carte » avec différents niveaux d’intégration. Il y aura des contrats d’engagement qui détermineront la durée, la mission, et les coûts. Le GCS s’est donné un certain nombre d’objectifs : centraliser les bases de données patients et à terme avoir un même dossier patient,  créer un portail ville/hôpital, répondre à des appels à projet, réaliser des achats groupés ou mener quelques projets ponctuels comme déployer le wifi dans un établissement ou une aide dans la gestion de la base Oracle, etc…

Le futur GHT aura la particularité de couvrir tout le département et les 5 établissements publics de santé qui y sont implantés. Le choix a également été fait de s’ouvrir à des ESPIC (2) et des EHPAD (7). Dans le futur il n’y aura donc qu’un seul schéma directeur des SI sur la GHT de l’Aube.  La dynamique du GHT bénéficiera de surcroît de la direction commune mise en place depuis juillet dernier sur 5 établissements publics.

Un des enjeux futurs sera de faire cohabiter le GCS et le GHT dans la coopération numérique. Abondance de biens ne nuit pas, dit-on !

Par Alexis Dussol, Président d’Adexsol, sur SIH Solutions : http://www.sih-solutions.fr/les-modeles-numeriques-cooperatifs-de-territoire-1/

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