22 septembre 2015 FASN

Modernisation des SI des Samu: les médecins libéraux veulent des engagements de la DGOS sur leurs besoins spécifiques

(Par Morgan BOURVEN, à la journée « 36H Chrono en Grand Est ») STRASBOURG, 22 septembre 2015 (TICsanté) – Les médecins libéraux demandent à la direction générale de l’offre de soins (DGOS) de contractualiser ses engagements sur la prise en compte de leurs besoins dans le cadre du programme de modernisation des systèmes d’information (SI) des Samu-Centres 15, a indiqué jeudi le Dr Guilaine Kieffer-Desgrippes, coordinatrice de la commission Modernisation SI Samu à la conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé médecins libéraux (URPS ML).
Le Dr Kieffer-Desgrippes s’est exprimée dans un atelier intitulé « Quand le numérique modernise la gestion des urgences » organisé lors de la journée « 36h chrono en Grand Est » de l’initiative Faire avancer la santé numérique (FASN).La DGOS avait confié en 2011 une mission à l’Agence des systèmes d’information partagés de santé (Asip santé) sur la modernisation du SI des Samu-Centres 15, rappelle-t-on. Ce programme, qui prévoit la mise en oeuvre d’une solution unique et mutualisée, est entré dans sa phase de réalisation en juin 2014. « Nous sommes dans la période d’amorçage et préparons le déploiement de 11 sites pilotes », a précisé Vladimir Vilter, responsable MSSanté à l’Asip santé.

Guilaine Kieffer-Desgrippes a rappelé que la consultation menée en 2012 par l’Asip santé « ne faisait pas état de médecine libérale » alors que les médecins libéraux « traitent de 50 à 70% des appels des centres 15 ». La conférence nationale des URPS ML a donc « fait une demande pour participer au projet », ce qui est le cas depuis 2013, a-t-elle indiqué.

Les médecins libéraux « partagent les objectifs généraux du SI » mais ont « réalisé lors des réunions du comité de pilotage » que le projet national « n’est pas adapté à [leurs] besoins » a expliqué le Dr Kieffer-Desgrippes.

Ils ont donc proposé la création d’une « brique libérale autonome interfacée avec le SI Samu » qui leur permettrait de maîtriser l’organisation de la régulation libérale et de préserver leur « autonomie et indépendance » par la maîtrise de l’exploitation des données qui leur sont propres. « Les impacts de la mutualisation des centres 15 sur la régulation libérale sont inconnus à ce jour », a souligné Guilaine Kieffer-Desgrippes.

Les médecins libéraux craignent que « le pilotage national du nouveau SI ne réponde pas à ces impératifs » et que « les enjeux du Samu ou des pompiers prennent le pas sur ceux des libéraux ». Cette crainte est « redoublée si on se réfère à la place de la médecine libérale dans la future loi de santé », a-t-elle fait valoir.

La conférence nationale des URPS ML a reçu début juillet un courrier de la DGOS rejetant l’idée d’une « brique libérale autonome » et rappelant que le projet est bien celui d’un « SI unique ».

Ce courrier répond toutefois « en partie » aux exigences des libéraux. Il assure que les « besoins métiers » des médecins libéraux seront pris en compte, garantit leur « libre accès, gestion, et maîtrise des données de régulation libérale » et rappelle leur participation au pilotage national de la maintenance et de l’évolution du SI.

Le courrier de la DGOS prévoit aussi le « maintien du financement » des SI libéraux autonomes existants et à venir, dans l’attente de la nouvelle solution.

La conférence nationale des URPS ML n’a pas encore répondu à ce courrier arrivé durant l’été et se « positionnera dès la rentrée » de son assemblée générale, a indiqué sa représentante. Elle a d’ores et déjà expliqué que « les engagements contenus dans ce courrier ne sauraient suffire et eux seuls » et que les libéraux demandent qu’ils soient « impérativement contractualisés ». Il s’agit d’un « préalable non négociable » dans la mesure où « les courriers n’ont la valeur que de courriers ».

Elle a cité des exemples de terrain qui « montrent cette absolue nécessité ». La région Champagne-Ardenne se voit ainsi « refuser par l’agence régionale de santé (ARS) le financement d’un SI libéral autonome depuis de nombreuses années alors que la DGOS dit que les financements existent », et l’Auvergne « voit l’existence de son SI autonome menacée par l’arrêt des financement de l’ARS ».

Réagissant à ces propos, le représentant de l’Asip santé Vladimir Vilter a insisté sur la « flexibilité » du nouvel outil, qui pourra « nativement s’adapter à des organisations multiples et apporter des réponses locales ». Les médecins libéraux auront plus de facilités à travailler « avec un outil national, moderne et adaptable qu’avec des SI locaux », a-t-il argumenté.

Pour lui, « un petit logiciel interfacé, c’est des ficelles en plus ». Cette solution « peut fonctionner, mais dès que l’on voudra bouger quelque chose, ça ne marchera plus ».