1 octobre 2015 FASN

Partage de l’information médicale: la cancérologie a « un temps d’avance »

STRASBOURG, 1er octobre 2015 (TICsanté) – Plusieurs intervenants à la journée « 36 heures chrono Grand Est » ont souligné l’exemple positif que représente la cancérologie dans la thématique du partage de l’information.
La journée « 36 heures chrono Grand Est » était organisée mi-septembre à Strasbourg dans le cadre de l’initiative Faire avancer la santé numérique (FASN), rappelle-t-on (voir dépêche du 25 septembre).Lors d’un « grand débat » intitulé « Partager les informations, clé du succès pour une meilleure prise en charge », le directeur du pôle des projets nationaux d’e-santé de l’Agence des systèmes d’information partagés de santé (Asip santé), Elie Lobel, a expliqué que le partage de l’information est « un triple enjeu ».C’est un « enjeu individuel », dans un contexte d’augmentation des maladies chroniques, un « enjeu de santé publique », notamment pour la prévention des épidémies, et un « enjeu de démocratie sanitaire ». L’e-santé permet au patient « d’être partie prenante du partage des données » et de bénéficier d’une « meilleure autonomie », a-t-il dit.

Le débat s’est ensuite focalisé sur l’exemple de la cancérologie. Il s’agit de « l’une des spécialités les plus transversales » et elle est « numérisée depuis longtemps », a expliqué le Dr Emmanuel Achille, oncologue libéral.

« Là où nous sommes moins bons, c’est sur l’échange avec les médecins généralistes, sous-équipés en informatique » alors que « la cancérologie a un temps d’avance », a-t-il regretté. En conséquence, le courrier et le fax sont encore « trop utilisés ».

Pour le Dr Catherine Turnani, radiologue au centre hospitalier de Mulhouse, la mise en place d’un projet régional d’imagerie -dans le cadre de l’Alsace, il s’agit du projet Simral (cf dépêche du 8 janvier 2014)- est bénéfique dans ce domaine. « En cancérologie, les patients font beaucoup d’examens d’imagerie. Le projet Simral permettra un meilleur suivi et un accès aux examens durant les réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) », a-t-elle expliqué.

En Lorraine, le réseau de santé Oncolor a « travaillé sur l’organisation avant l’outil » en mettant en partenariat les établissements de santé publics et privés de la région, les médecins libéraux, généralistes et spécialistes, ainsi que les autres professionnels de santé concernés, a témoigné le Dr Gilles Herengt, médecin de santé publique et responsable système d’information (SI) d’Oncolor.

Les membres du réseau travaillent sur la pluridisciplinarité et sur l’informatisation de la RCP. « Nous avons informatisé le temps de la décision », un chantier plus simple à réaliser que celui de l’informatisation du programme personnalisé de soins (PPS). Aujourd’hui, 2.000 décisions de RCP sont informatisées chaque mois, « dont la moitié sont envoyées au médecin traitant par messagerie sécurisée dès la fin de la réunion ».

Un test sera mené en fin d’année afin de tenter de reproduire ces outils dans la région Alsace, dans le cadre de la future région Grand Est. « Cela nous a pris plusieurs années en Lorraine, mais nous allons essayer de le faire à marche forcée en Alsace », a indiqué le Dr Herengt, pour qui « l’essentiel est de convaincre les professionnels de santé qu’il y a certes une perte de temps au départ, mais de nombreux gains secondaires ». Par exemple, la Lorraine dispose d’un recul de cinq ans sur l’ensemble des RCP, grâce à leur informatisation.

Unique représentant industriel présent lors de la table ronde, Julien Brossard, directeur du marché santé et collectivités de Santeos, s’est dit « surpris » de l’adhésion « plus que partielle » d’établissements ou de professionnels de santé à des « systèmes censés pouvoir changer la pratique des soins ». Il s’est étonné « qu’il soit nécessaire de faire un travail de conviction sur le terrain » et a regretté qu’il n’y ait pas des précurseurs « partout ».

A l’inverse, les nouvelles technologies sont « extrêmement attendues » des patients, a assuré Giovanna Marsico, directrice de l’association Cancer contribution et du pôle citoyen de Cancer campus. Elle a cité une expérimentation des oncologues de l’Institut Curie et du centre René Huguenin de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) visant à déployer une application d’aide à la décision en cas de toxicité des chimiothérapies orales. Cette application doit permettre au patient « d’être bien orienté dans ce type d’urgence spécifique », a-t-elle expliqué.