19 mai 2017 FASN

Regards croisés sur les objets connectés santé – Interview du Dr François Jounieaux (pneumologue à Lille)

Photo Dr JounieauxDr François Jounieaux est pneumologue à Lille, spécialiste du sommeil et de la BPCO

#FASN : Quelle est votre définition d’un objet connecté santé ?

Un objet connecté, pour le médecin que je suis, est un objet qui analyse des données du patient et de son environnement, qui interagit avec le patient pour lui communiquer des informations utiles à sa santé, enfin qui collecte des informations exploitables par le médecin. Si on prend l’exemple des stations de sommeil disponibles sur le marché, le système analyse l’environnement local (température, luminosité ambiante…), détermine les heures de coucher et lever du patient, son temps et sa qualité  de sommeil de manière plus ou moins précise. Le patient peut être alerté sur une mauvaise hygiène de sommeil, des conditions environnementales non favorables, l’existence d’une ronchopathie, lui donner des conseils pour améliorer cette situation. Le médecin, quant à lui, pourrait exploiter ces données à visée statistique épidémiologique, avoir des données un peu plus objectives sur le mode de vie de son patient et enfin proposer du conseil plus médical.

Il y a une frontière floue et poreuse entre santé et bien-être. L’un ne va pas sans l’autre. Pour le sommeil par exemple, la sensation d’avoir bien dormi est aussi importante qu’une donnée signifiant que le patient a dormi un nombre d’heures suffisant sans ronfler. Pour que l’interprétation soit pertinente, il est nécessaire de prendre en compte ces deux types d’information.

#FASN : A quelle fréquence utilisez-vous des objets connectés en lien avec votre santé ?

Aujourd’hui, les objets connectés dans le quotidien d’un pneumologue libéral ne sont pas très répandus.  Il est encore rare qu’un patient utilise une application smartphone et nous transmette ses informations. Cela ne fait pas encore partie de notre quotidien. Et les objets connectés pour le sommeil ont encore beaucoup de limites, les données récoltées restent assez floues et sont peu exploitables ; ça ne remplace pas encore le matériel médical. Il y a encore une frontière énorme entre les données fournies par un objet connecté et celles que nous pouvons récolter avec du matériel professionnel tel qu’un polysomnographe par exemple.

En allergologie par contre, je sollicite souvent les patients  à utiliser des applications smartphone qui les alertent sur les pics de pollution, les pics de pollen, etc. Cela les aide pour appréhender et mieux vivre leur traitement. L’objet connecté (le smartphone) a donc ici une vertu éducative. Récupérer des infos et en donner au patient pour qu’il puisse auto-apprendre et évoluer. Cela peut donc remplacer le conseil médical sur des choses simples.

#FASN : Selon vous, quel est le degré d’utilité des objets connectés de santé ?

Il y a ce qui existe aujourd’hui et ce qui va exister plus tard. Nous avons beaucoup d’attentes sur ce qui va sortir dans les prochaines années. Pour nous médecin, le côté éducation thérapeutique par l’information que le patient va pouvoir tirer de l’objet est important car mieux se connaître, c’est mieux se soigner. Un patient qui se connaît bien, qui dispose d’une information sur son état de santé via un objet connecté va l’aider à mieux percevoir un problème et donc réagir prématurément avant que celui-ci se chronicise. L’aspect « alerte » ne remplace pas le médecin mais apportera une aide quotidienne en son absence et permettra d’alerter le patient lorsqu’il devient urgent d’aller consulter.

Dans certains domaines de la santé, comme pour l’apnée du sommeil, l’objet connecté peut avoir une vertu thérapeutique et aider le patient à changer de position pendant son sommeil pour lui permettre de respirer normalement. Enfin, dans les études statistiques, l’exploitation des données des objets connectés, du big data, représente une mine d’informations considérable et peut permettre de faire avancer la recherche.

#FASN : Selon vous, les données recueillies par les objets connectés de santé sont-elles sécurisées ?

Je ne sais pas si les données sont sécurisées. Il n’y a pas de garant de cette sécurité. Les données ne doivent pas tomber dans de mauvaises mains. Par exemple, un assureur pourrait augmenter les primes d’assurances santé en fonction de données récoltées indiquant des comportements à risque.

#FASN : Selon vous, les mesures réalisées par un objet connecté de santé sont-elles fiables ?

Cela dépend de la donnée dont on parle. Pour mesurer la température, l’objet connecté est fiable mais pour mesurer le stade de sommeil d’un patient qui dort, il n’est absolument pas fiable. Pour certaines mesures, on sait que le matériel est performant mais pas pour d’autres. La fiabilité dépend donc de ce que l’on mesure.

#FASN : Selon vous, les objets connectés de santé sont-ils accessibles en termes de prix ?

Tant que l’on reste sur des objets connectés simples qui mesurent par exemple l’activité physique, ça reste globalement accessible. Mais dès que l’objet a une étiquette médicale, il devient onéreux. Cela s’explique par l’ensemble de normes médicales que l’objet santé doit respecter. Toutefois, l’effet de la concurrence jouant et le prix des matériaux baissant, ils deviennent de moins en moins chers et de plus en plus accessibles.