21 septembre 2015 FASN

Start-up : faisons le point !

Depuis quelques mois, l’actualité se prend de passion pour les start-up. Les gros titres se succèdent, porteurs des espoirs d’un pan immense de l’économie et du « Made en France ». « Ces 100 start-up où investir » dans Challenge, « Cette start-up bretonne qui se rêve en géant de la santé animale connectée » pour la Tribune ou encore « Berlin, nouvelle capitale européenne des start-up » dans La Croix. Le secteur de la santé n’y échappe pas. Mais quel sens exact donner au mot? Qu’est-ce qu’une start-up ? En quoi leur développement est-il enthousiasmant pour l’économie, pour les patients, pour la santé en général ? Nous allons tenter d’y voir plus clair.

A-HouetteLa startup, ou jeune pousse – devrions-nous dire par les temps qui courent -, est une entreprise jeune ; sur ce point, nous sommes tous d’accord. Parfois même encore à l’état embryonnaire. Dans certains cas, son produit n’est même pas encore disponible sur le marché mais seulement développé à titre purement expérimental. Mais cela suffit-il à la définir ? Sur ce sujet, Arnaud Houette, fondateur d’Extens, en connaît un rayon ! Et pour cause. En 2004 déjà, il prenait la direction de Capsule Technologie, éditeur de logiciels santé œuvrant sur l’interopérabilité entre les SI de santé des établissements et les appareils bio-médicaux, à l’époque où ce n’était encore justement qu’une start-up. « Je l’ai dirigé jusqu’en 2012 alors que la société faisait 40 millions de chiffre d’affaires et qu’elle était devenue n°1 en Europe et aux Etats-Unis, avec un effectif global de 170 personnes dont 80 basées à Boston » raconte-t-il. Une expérience qu’il a désormais mise à profit pour lancer le fonds d’investissement Extens qui accompagne financièrement des PME e-santé jusqu’à la phase de consolidation industrielle. « Nous nous consacrons uniquement à la phase capital développement, qui suit la phase start-up. Les entreprises peuvent prétendre à nos services dès lors qu’elles ont atteint l’autonomie financière, avec un CA d’1 million d’euros minimum » explique-t-il. Une double expérience, donc, qui fait de lui un expert précieux en la matière. Alors, une start-up, c’est quoi ?

« La définition partagée par tous est celle d’une société porteuse d’un concept novateur, soit technologique, soit de service, et d’un potentiel de développement important.  Si les bornes du concept ne sont certes pas gravées dans le marbre, la question du potentiel, elle, est bien au cœur du sujet.  Après, il n’y a pas de profil type. SARL, SAS,… ça n’a pas d’importance. Après, à partir du moment où la société sera en autonomie financière, alors, elle ne sera plus considérée comme une start-up. Les financiers appellent cette phase le capital développement » explique-t-il.

« Les start-up sont les leviers de la réussite de demain : des entreprises pleines d’énergie, de ressources, d’espoirs et d’innovation. C’est vivifiant pour l’économie d’un écosystème. C’est la source du développement d’un marché futur » clame Arnaud Houette. Il est vrai qu’à sa seule évocation, on pense immédiatement aux réussites incarnées par Apple, Microsoft, Facebook ou Google, ou encore, plus près de nous, PriceMinister , Viadeo  ou Deezer. Ce serait oublier le risque d’échec, supérieur aux entreprises traditionnelles, du fait de leur petite taille et de leur manque de visibilité.

« Le modèle pour tous,  c’est l’écosystème américain »  confirme-t-il. « Il favorise, par toutes les manières possibles, l’émergence d’entrepreneurs et de concepts innovants. »

Mais, concrètement, comment cela se passe-t-il dans le secteur français de la santé, pas toujours reconnu pour son aptitude aux innovations ?

« En France, et dans la e-santé, pour parler de ce que je connais bien, le problème ne vient pas tant des professionnels de santé en tant que tels, qui pourraient certes être réfractaires, mais de la commande, ou plutôt de l’absence de commande. Les grands donneurs d’ordre ne se mettent pas en position d’irriguer l’économie avec des produits et services innovants, que ce soit dans le secteur public comme dans le privé » reconnaît Arnaud Houette. « Aux Etats-Unis, c’est différent. Les établissements et les pouvoirs publics ne vont pas hésiter à investir dans l’innovation. La France est beaucoup plus timide, surtout au niveau budgétaire, et ce même si le produit correspond aux besoins du marché » continue-t-il.

L’autre problématique, liée à la première, tient aux difficultés du financement. « Le marché étant plus lent à démarrer, les start-up ont besoin d’exister plus longtemps avant d’être en autonomie financière. C’est un problème général à l’Europe, exception faite de la Grande-Bretagne. Allemagne, pays nordiques, Europe du Sud, … même combat ! », conclut Arnaud Houette.

Le vent nouveau qui souffle actuellement va-t-il faire changer les choses ? C’est en tous les cas l’espoir d’Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du numérique, qui s’est fixé un objectif : faire de la France une pépinière à start-up, capables de rivaliser avec les plus grandes places internationales. Depuis 2013, la « Mission French Tech » pilote l’initiative. Le label Métropole French Tech s’attache ainsi depuis plusieurs mois à créer un réseau d’écosystèmes attractifs, les « Métropoles French Tech », qui concentrent tous les ingrédients répondant aux besoins des startups françaises, des investisseurs et des talents étrangers : culture entrepreneuriale, talents, maitrise technologique, financement, … 13 écosystèmes ont reçu à ce jour le Label et 4 de plus sont pour l’instant pilotes. Affaire à suivre…