17 août 2015 FASN

Start-ups et e-santé : un enthousiasme exprimé avec modération

Dans un marché de la e-santé en plein essor, les start-ups peuvent-elles se faire une place au soleil ? Ou sont-elles condamnées à rester dans l’ombre des géants du numérique ? Les fondateurs de celles que nous avons rencontrés se montrent résolument confiants.

Caty et VéroniqueCaty Ebel Bitoun, docteur en médecine et diplômée de Sciences Po Paris, spécialiste du vieillissement a exercé en médecine libérale, en EHPAD mais également dans l’industrie pharmaceutique dans des grands groupes comme directeur médical Europe responsable de programmes de recherches médicales et d’accompagnement digitaux pour les patients atteints de maladies chroniques. Véronique Brunais Le Pautremat, docteur en pharmacie, diplômée en pharmaco-économie, a travaillé pour  l’industrie pharmaceutique sur des études observationnelles  en tant que VP Business développement pour mettre en évidence les besoins de santé mal pris en charge. Au-delà de leur  connaissance de l’industrie du médicament, elles identifient très vite une volonté commune, celle d’accompagner les seniors dans la gestion de leur santé au quotidien. « Les professionnels abordent encore trop souvent les patients par organe ou par maladie or, avec le vieillissement, il faut savoir prendre en charge les individus dans leur cadre de vie et de manière holistique, au-delà de leurs simples pathologies », témoigne Caty Ebel Bitoun.

En décembre 2014, après avoir imaginé une plateforme d’information et de prévention en ligne, interactive, individualisée et sécurisée, elles décident de concrétiser leur projet et créent ensemble la start-up Acvfit, qui offre aujourd’hui des produits et services autour de la prévention, des smart cities et du big data et qui est aujourd’hui reconnue comme une entreprise sociale et solidaire (ESS). « Si nous travaillons au développement des usages du numérique, l’accompagnement humain demeure au cœur de nos valeurs », rappelle Véronique Brunais Le Pautremat. C’est ainsi par exemple qu’un digital coach accompagne les seniors « dans leur appropriation du monde numérique. Ce n’est en aucun cas une pédagogie  descendante et les digitaux coachs sont formés à un « savoir-être » spécifique.

Les produits et services proposés seront accessibles via des abonnements. « Pour la plateforme B to C, ils seront annuels. Nous travaillons également avec des grands comptes auxquels nous proposons des services customisés sur le thème des smart cities. L’objectif consiste à développer les solutions de mobilité et à augmenter la sécurité du senior à domicile. Les clients de ces grands comptes ont accès à notre plateforme », explique Caty Ebel Bitoun. Si l’activité  nécessite des investissements lourds, les deux associées tablent sur un retour à l’équilibre en 2017, soit 18 mois après la création de la start-up. A ce stade, pas d’angoisse particulière : « Nous avons une longue expérience dans l’industrie pharmaceutique. Nous savons gérer les projets… et les aléas. Les difficultés et les inattendus font aussi partie du quotidien des start-ups, qui doivent, pour réussir, savoir s’adapter rapidement à l’environnement », témoignent-elles de concert. Il est vrai que malgré sa jeunesse, Acvfit présente une équipe aux expertises multiples : un centre de développement travaille sur la partie technologique, tandis que des professionnels de santé interviennent sur l’enrichissement numérique et les contenus. « Nous avons également mis en place un contrat de solutions auprès d’une société spécialisée dans les bio-statistiques qui nous permet de garantir la sécurisation des données », indique Véronique Brunais Le Pautremat. Et, à la rentrée, un community manager, un web designer et un chef de projets rejoindront l’entreprise.

MonacoParmi les nombreuses start-ups qui se sont lancées sur le marché de la e-santé, Bress Healthcare a commencé par investir un « micro-secteur » en lançant en juillet 2015 Stare.lab, la première application francophone pour la rééducation orthoptique, avant d’envisager une stratégie plus ambitieuse. Comme l’explique le Dr Juan Sebastian Suarez, développeur co-fondateur de l’entreprise : « j’ai rencontré les autres fondateurs de Bress Healthcare, Lou Housson et Charly Aubert, en mars 2015. Nous avons décidé de nous associer et de passer du statut d’association à celui d’entreprise avec la volonté de développer un système d’aide à la décision médicale ». Le principe est simple : une fois le diagnostic posé, le dispositif indiquera au médecin la meilleure stratégie thérapeutique en tenant compte d’une multitude de variables cliniques et biologiques, notamment en cas de pathologies associées et ceci en suivant les recommandations françaises en cours de validité. Le système sera basé initialement au sein d’une plateforme de transfert de dossiers entre les médecins. Celle-ci, commercialisée en octobre ou novembre prochain, sera d’emblée internationalisée – une version anglaise complètera la version française – et sera consacrée au VIH-sida dont la prise en charge est « particulièrement bien structurée au niveau international ».

La jeune start-up basée à Montpellier compte pour l’heure quatre collaborateurs en plus de Juan Sebastian Suarez : un designer et trois développeurs, deux d’entre eux étant parallèlement en charge de la gestion de projets et des relations commerciales. Si l’enthousiasme est au rendez-vous, Juan Sebastian Suarez est aussi parfaitement conscient des obstacles : « Les médecins français ont souvent eu une mauvaise expérience en matière de e-santé. Lorsqu’ils entendent parler d’un nouveau logiciel, ils ont souvent un a priori négatif. Ensuite, l’absence de cotation précise et bien déterminée des actes de télémédecine est un handicap que nous ne retrouvons heureusement un peu moins à l’étranger et notamment dans les pays anglo-saxons. Enfin, en matière de droits, la législation est encore immature. La différence entre santé et bien-être, par exemple, est mal définie dans la mesure où des conseils peuvent rapidement passer du domaine du bien-être à celui du dispositif médical ». Mais Bress Healthcare compte aussi nombre d’atouts, notamment le fait de compter un médecin expérimenté dans l’équipe. « Ma thèse de médecine a porté sur ce sujet, j’ai déjà développé deux plateformes. Je connais les besoins de mes confrères et il est aussi plus facile de leur présenter nos solutions. Nous parlons un langage commun », explique Juan Sebastian Suarez.